Charlotte Darteil
Metteuse en scène & comédienne
Charlotte Darteil, alias Eugénie Poilue, est artiste, autrice, metteuse en scène et féministe militante. Elle crée des spectacles où l’intime rencontre le politique, où la parole, le corps et la poésie deviennent des espaces de liberté, de réflexion et d’émancipation. Son parcours commence dans l’éducation spécialisée, se poursuit par le théâtre, l’improvisation, le clown, le slam et la poésie, avec toujours cette envie de faire de la scène un endroit où l’on peut questionner le monde et déplacer les lignes.
À 40 ans, après dix années de thérapie pour se reconstruire à la suite de violences sexuelles subies dans l’enfance, un déclic s’opère. Comprendre son propre parcours ne lui suffit plus. Face à la persistance des violences sexistes et sexuelles et aux inégalités de genre qui continuent de structurer profondément nos vies, nos corps, nos relations et nos imaginaires, elle ressent le besoin d’agir.
Alors elle décide d’utiliser ce qu’elle possède : son corps, sa voix, son écriture, son humour, sa colère et la scène. Son féminisme devient une matière artistique et politique. Elle questionne les violences et les inégalités de genre, les injonctions faites aux femmes, les mécanismes de domination, la sexualité, le désir, le consentement et la manière dont les normes façonnent nos corps et nos trajectoires.
Mais Charlotte ne cherche pas seulement à raconter autrement : elle cherche aussi à faire du théâtre autrement. Elle casse les codes du théâtre classique, sort du cadre et aime déplacer la frontière entre l’artiste et le spectateur. Elle ose notamment la nudité, non comme une provocation gratuite, mais comme un geste artistique et politique : reprendre possession de son corps, questionner le regard porté sur lui et bousculer les normes.
Et cette nudité dérange encore. Elle interroge, déstabilise, parfois choque, et reste un véritable frein à la programmation : peu de lieux osent encore programmer des spectacles dans lesquels une femme choisit d’exposer son corps et d’en reprendre pleinement la maîtrise. Pour Charlotte, cette difficulté fait aussi partie du combat : si le corps féminin peut être partout — vendu, sexualisé, commenté, contrôlé — pourquoi devient-il encore si dérangeant lorsqu’une femme décide elle-même de ce qu’elle en fait ? Elle développe également des formes immersives dans lesquelles le public n’est plus simplement assis face à une scène, mais devient partie prenante de l’expérience. Des spectacles qui invitent à regarder, écouter, ressentir, participer parfois, et surtout à vivre quelque chose ensemble. Dans Sois belle naturelle et (re)belle, elle s’attaque avec humour aux injonctions contradictoires faites aux femmes : être belle mais naturelle, désirable mais respectable, libre mais pas trop.
Avec Le Rouge et le Noir : Jouir ou subir, faut-il choisir, elle met le désir, la sexualité et les rapports de pouvoir au centre de la scène. Dans Danses avec les vagues, elle laisse davantage de place à la poésie, au corps et au mouvement, dans une création où la langue, le geste et l’émotion se rencontrent. En parallèle de ses créations personnelles, Charlotte porte la Compagnie du Haricot Blanc, qu’elle inscrit dans une démarche de spectacle vivant populaire, immersif, poétique et profondément humain. La compagnie aime aller à la rencontre des publics et des territoires, mélanger les artistes professionnels et les amateurs, sortir le spectacle vivant de ses cadres habituels et créer des expériences qui ne laissent pas indemnes. Théâtre de rue, formes immersives, spectacles participatifs, poésie, récits historiques ou créations plus intimes : les formats changent, mais une même volonté demeure — créer de la rencontre, provoquer de l’émotion et faire bouger quelque chose. Chez Charlotte, le théâtre peut être drôle, politique, décalé, sensuel, frontal ou bouleversant. Il peut faire rire, déranger, questionner, toucher. Il s’agit de faire vivre une expérience. Et personne n’y reste indifférent.



